• 1981... Les D.N.A recevaient Jean-Louis Jaubert...

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    Assez rare pour être repris ici sur le site des COMPAGNONS de la CHANSON, un interview que Jean-Louis JAUBERT avait donné aux DERNIERES NOUVELLES d'ALSACE... C'était le 28 février 1981 ! A un moment où ce média avait encore un tout petit peu d'estime pour ces hommes qui avaient procuré du bonheur quarante ans durant à trois générations d'admirateurs. Rappelons tout de même que dernièrement, pour Marc HERRAND, les DNA n'ont même pas pris la peine de consacrer, ne serait-ce qu'un entrefilet, pour annoncer la publication d'un ouvrage d'un... Alsacien. Alors que nous avions insisté et qu'Yvette GIRAUD venait de surcroît de disparaître. Les temps changent et la reconnaissance des aînés illustres bat de plus en plus de l'aile !... 

    En parcourant ces quelques lignes, nul doute que vous apprendrez beaucoup de choses. Pourquoi, par exemple, Louis JACOB avait choisi le nom d'artiste de JAUBERT. Au moment de cet interview, on se savait pas encore que cette tournée d'adieu évoquée par Jean-Louis durerait... jusqu'en 1985 ! Et que les COMPAGNONS DE LA CHANSON en reprendraient pour trois ans de plus, passé le cap de 1982 ! Sans doute, n'imaginait-il pas non plus la déferlante Olympia du Printemps 1983 ! Comme le dit le journaliste qui a conçu ce papier : Bravo et merci les Compagnons. Merci au nom de plusieurs générations ! La chanson, c'est plus qu'un divertissement, c'est du soleil, de l'oxygène. Surtout quand elle parvient à toucher le public le plus large sans sombrer pour autant dans la facilité. Un entretien qui donne par ailleurs un éclairage sur le show business et qui, un peu plus de trente ans plus tard, se révèle être intéressant à plus d'un titre. Mais, revenons à présent à cet interview :

    Q. Alors, c'est vraiment la fin des Compagnons, la dernière tournée ?
    – C'est notre tournée d'adieu, oui. Mais c'est une fin progressive, échelonnée sur un maximum de 18 mois. A Strasbourg, nous reviendrons peut-être. Germain Muller m'a dit que cette fois nous avions fait nos adieux à Hautepierre et que nos adieux à Strasbourg restaient à faire... Nous verrons. A part cela, notre dernier contrat nous mène jusqu'au 3 janvier 1982 au Théâtre des Célestins à Lyon.
    Q. Là où vous avez commencé ?
    – Oui, mais c'est un hasard !
    Q. Mais pourquoi vous arrêter cette année ? Vous quittez la scène... Les Frères Jacques quittent la scène... C'est la fin d'une époque ?...
    – D'une génération... D'ailleurs, les Frères Jacques ont annoncé leur départ avant nous. Ce sont peut-être eux qui nous ont montré la voie... Il faut savoir s'arrêter.
    Q. Mais vous faites salle comble !...
    – Parce que nous avons annoncé notre départ. Il faut voir les choses comme elles sont. Voilà deux ou trois ans, il nous arrivait de jouer devant des trois-quarts de salles. On a voulu finir en beauté !
    Q. Ca semble réussi !
    – Oui. On refuse du monde ! 1.100 personnes l'autre jour à Clermont-Ferrand. Fantastique de terminer ainsi, non ? Nous allons faire ce qu'aucun groupe n'a fait : vingt-deux représentations consécutives en Suisse Romande. Il faut le faire !
    Q. Un exploit parmi d'autres en 37 ans...
    – Précisément. Nous détenons déjà le record du monde de longévité des groupes. Si on continuait, aurait-on encore à refuser du monde ? Moi qui suis sportif, je trouve merveilleux d'avoir joué 37 ans en première division. Si nous insistions, peut-être descendrions-nous en deuxième division. C'est un risque à ne pas prendre. Vous savez, on les a usés nos fans. En faisant treize ou quatorze passages dans certaines villes.
    Q. Sans parler de la télévision...
    – La télévision, ce n'est pas du spectacle, c'est de la promotion.
    Q. Vous faisiez tout de même les beaux après-midi de dimanche !
    – Avec Marcillac puis Drucker, oui. Vous vous souvenez de ça. Nous étions les chouchous de Marcillac. Il nous a même fait jouer au ping-pong.
    Q. Alors, elle ne compte pas cette télé ?
    – Si, bien sûr. Dans les grandes occasions. Un artiste qui n'a pas le trac, c'est comme une dent dévitalisée. C'est un gars désensibilisé.
    Q. Après 37 ans de scène, vous avez encore le trac ?
    – Oui. Bien sûr. Dans les grandes occasions. Un artiste qui n'a pas le trac, c'est comme une dent dévitalisée. c'est un gars désensibilisé.
    Q. Qu'est-ce qui fait un bon professionnel ?
    – C'est le public qui décide. C'est faire oublier que les gars assistent à un spectacle. C'est comme un bon film : je sais qu'un film est bon quand j'oublie que je suis au cinéma.
    Q. Le succès est venu rapidement pour vous...
    – Pas tellement. J'ai toujours considéré que la réussite dans le music hall est directement proportionnelle à la durée de l'apprentissage. D'ailleurs, regardez ce qui se passe trop souvent aujourd'hui : à lancement éphémère, carrière éphémère !
    Q. Rappelez-nous comment est né votre groupe !
    – Première phase, Lyon. La zone libre, les mouvements de jeunesse, les Compagnons de France. Du scoutisme patronné par Vichy. On faisait du folklore, style Perrine était servante. Le mouvement a été vite dissout. Pour cause : c'étaient des noyaux de la Résistance... Deuxième phase : l'armée. De Lattre nous a emmenés en tournée. Nous étions ses troubadours. Troisième phase : la rencontre avec Edith Piaf. Le vrai départ. La carrière professionnelle.
    Q. Et elle vous a pris sous sa protection ?
    – Piaf ne faisait pas les choses à moitié pour lancer ceux qu'elle aimait.
    Q. Elle vous a entraînés aux Etats-Unis... Oui, mais pas seulement. Elle nous a surtout appris notre métier. Elle aimait bien montrer qu'elle avait du nez, qu'elle savait découvrir des talents et qu'elle savait les mener très haut.
    Q. Qui est-ce pour vous, une mère, une grande soeur ?
    – Un pygmalion.
    Q. Pas toujours commode de caractère ?
    – C'était la rigolade en permanence. Elle adorait s'amuser, faire des tours. Une ambiance jeux de camp.

    Q. Vous êtes venus à Strasbourg avec elle ?
    – Nous avons présenté le premier spectacle français après la Libération à Strasbourg avec elle. La tournée avait été organisée par l'Agence La Fontaine qu'animaient alors Germain Muller et Raymond Vogel. Il y avait avec nous : Odette Laure et Roger Lanzac.
    Q. Vous vous souvenez bien de cette période ?
    – Je me souviens que Piaf adorait le kougelhof préparé par la maman de Germain Muller. C'était l'enthousiasme en permanence, la fête. Une période fantastique.
    Q. Et la tournée s'est poursuivie en Allemagne...
    – Oui. Toujours dans une ambiance de fête. Raymond Vogel, notre directeur de tournée faisait d'ailleurs tout pour entretenir un climat de rigolade permanent.
    Q. Vous avez eu des Alsaciens chez les Compagnons ?
    – Mario Hirlé, le musicien de Germain. Il est venu avec nous aux Etats-Unis. Et puis Marc Herrand de Schiltigheim. Il s'appelait en fait Marc Holtz. Il a épousé Yvette Giraud.
    Q. Et vous-même, vous êtes Colmarien !
    – Je suis né à Mulhouse. Mais j'ai passé toute mon enfance à Colmar.

    Q. Un ancien du Lycée Bartholdi ?
    – Comme tant d'autres. On en trouve partout, des anciens de Bartholdi.
    Q. Bon élève ?
    – Doué, mais ne faisant rien.
    Q. Doué pour la musique ?
    – Pas spécialement. Je ne suis qu'un choriste, vous savez. Je n'avais pas de dispositions particulières. Ni pour le chant, ni pour la musique. Non. A dire vrai, j'étais surtout doué pour le football. C'est pour cela que je ne travaillais guère. On se retrouvait tous les jours à 16h15 sur le petit terrain à quelques-uns. Les devoirs en souffraient.
    Q. Et la passion du foot vous est restée...
    – Bien sûr. En ce moment, j'apprends l'espagnol pour aller suivre la prochaine Coupe du Monde de foot.
    Q. Et vous êtes supporter en chef du Racing-Club de Strasbourg ?
    – Exactement "président national de comité de soutien au Racing".
    Q. Par amitié pour André Bord ?
    – André voulait un Alsacien qui n'habite pas l'Alsace pour renforcer le prestige du club.
    Q. Un prestige en baisse...
    – Il faut reconnaître les mérites d'André. Il les a sortis du fossé. La situation financière surtout était catastrophique.
    Q. Et Gilbert Gress ?
    – Il appartient à cette race des "entraîneurs fermes". Il aurait évidemment mieux valu qu'il n'y ait pas toutes ces histoires. Cette affaire, en tout cas, démontre qu'en sport plus que partout ailleurs, le public brûle vite ce qu'il a adoré. En sport, l'ingratitude est dramatique.
    Q. Mais les résultats actuels du Racing ne vous désespèrent pas un peu ?
    – Le meilleur public du monde est celui qui soutient une équipe même - et surtout - quand elle perd. Pour le Racing, je ne suis pas déçu. j'espère. En foot, la déception doit vite être surmontée.
    Q. Et à Colmar, vous y retournez parfois ?
    – Maintenant moins. Mes parents sont décédés. Avant je revenais en Alsace tous les deux mois.
    Q. Elle vous a marqué, votre enfance colmarienne ?
    – Comme toutes les enfances, j'imagine. Mis à part le foot, il y avait le patinage sur la place Rapp en hiver. Aujourd'hui, il y a des voitures... Et il y avait, dès les beaux jours, les promenades à pied, avec le rucksac dans les Vosges.

    Q. Vous ne vous appeliez pas Jaubert à l'époque...
    – Non. Jacob. J'ai dû changer de nom parce que j'étais recherché. Mais vous n'êtes pas obligé de raconter cela. C'est de l'histoire ancienne. j'étais réfractaire au STO. Des inspecteurs sont venus me chercher jusqu'à Lyon. "Vous savez où est M. Jacob ?" Je leur ai dit qu'il était parti voilà deux mois et que depuis on était sans nouvelles !

    Q. Pourquoi Jaubert ?
    – Je voulais garder le J. Et j'aimais beaucoup la musique de Maurice Jaubert, le compositeur entre autres de la valse grise de "Carnet de bal" qui avait été tué comme capitaine du Génie à Azerailles, en juin 40, quelques jours avant l'armistice.

    Q. Vous aimez beaucoup la musique ?
    – La musique classique, oui. Je regrette que les grands musiciens aujourd'hui soient un peu stérilisés par les cachets d'Hollywood. On leur demande des musiques de film, pas des symphonies. Dommage qu'on n'oblige pas un Jarre, par exemple, à composer des symphonies.

    Q. Quels sont les chanteurs que vous appréciez le plus ?
    – Aujourd'hui ? Barbara Streisand !

    Q. Vous aimez la comédie musicale ?
    – Enormément. Les bonnes comédies musicales flirtent avec la musique classique. Bernstein, par exemple.

    Q. Et la politique, ça vous intéresse ?
    – On va avoir dans les semaines qui viennent une certaine animation dont la télévision française avait bien besoin.

    Q. Vous suivez les émissions politiques ?
    – Ca m'arrive. J'y trouve même parfois des questionneurs meilleurs que les questionnés.

    Q. Vous avez des préférences politiques marquées ?
    – Je ne sais trop comment vous répondre. J'ai l'impression d'ailleurs que beaucoup de Français sont comme moi. Qu'est-ce qui est le mieux pour notre pays ? Je ne sais pas... J'ai l'impression que le chef d'Etat et son premier Ministre sont mieux appréciés à l'étranger qu'en France. Mais cela ne veut pas dire qu'il faut qu'ils restent en place. Je n'en sais rien. Je ne fais pas de politique. Et bien malin qui pronostiquera !

    Q. En 37 ans, vous avez vu l'industrie du spectacle évoluer considérablement...
    – Elle a évolué normalement, logiquement. En fait, ce sont les jeunes qui l'ont fait évoluer. Avant, les enfants n'avaient rien à dire. A mon époque, ils étaient tenu pour quantité négligeable. Ils n'avaient pas même le droit d'avoir de goût. Puis, il y a eu le public des 13-18 ans, puis celui des 8-13 ans. Et maintenant, avec chantal Goya et quelques autres, ça commence à deux ou trois ans.


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